Biographie

Pierre Pinsard
architecte
1906-1988

Pierre Pinsard, photographie par Laurent Pinsard

Pierre Pinsard, architecte, décorateur, peintre, né le 23 novembre 1906 à Paris décédé en 1988 à Paris.

Formation

Avant l'architecture
Il entre à l'école des Arts décoratifs au début des années 20, et débute en même temps dans l'atelier de Francis Jourdain puis travaille chez Jean Dunand et avec Raoul Dufy pour gagner sa vie (peint des abats-jour, exécute des dessins de tissus, décore des paravents, etc.). En 1926, il rejoint Louis Sognot à l'atelier Primavera, où pendant deux ans il est chargé de la décoration et de l'architecture intérieure des expositions du Printemps. C’est en travaillant à Primavera, qu'il rencontre Gisèle Favre, sa future femme, qu’il épousera en 1939. 

Entre 1921 et 1926, il est proche du milieu artistique de Montparnasse. Il fréquente entre autres Fernand Léger et Piet Mondrian, André Gide et Robert Desnos, avec lesquels il entretient une réelle amitié. Il est également sollicité pour le graphisme et l'illustration de livres et d'hebdomadaires tels que Sept ou Temps présent. Il exécute une édition de luxe des Petits Contes nègres pour les enfants des blancs de Blaise Cendrars, publiée aux éditions du Sans Pareil. Durant son service militaire entre 1926 et 1928, Pierre Pinsard illustre « à temps perdu » Kodak de Blaise Cendrars.
 

« Il n’appréciait pas tellement l’académisme et l’esprit des Beaux-Arts de l’époque quelque peu désuet, dépassé. » Hugo Vollmar

Ses débuts en agence
En 1928, Pierre Pinsard ne touche pas encore à l'architecture quand il découvre Vers une architecture de Le Corbusier, qui fut, selon ses propres termes, une véritable révélation. Cette découverte lui ouvre tout un domaine de la création, et un champ de réflexions. C'est en chercheur, en théoricien qu'il aborde l'architecture.

De caractère indépendant et anticonformiste, Pierre Pinsard s'est formé hors des sentiers battus de l'enseignement de l'architecture. Comme pour beaucoup de ses confrères de l'époque, l'enseignement dispensé aux Beaux-Arts représente pour lui ce qu'il y a de pire.
Il entre en stage en 1929 chez André Lurçat, architecte à Paris. Pierre Pinsard travaille sur l’école de Villejuif, l’hôtel Nord-Sud à Calvi, la maison Hefferlin, le sanatorium de Durtol (Puy-de-Dôme). Il finit chef d’agence chez Lurçat qu’il quitte lorsque celui-ci part en URSS. Parallèlement à son travail avec Lurçat, Pierre Pinsard se voit confier la réalisation de travaux d'ameublement et d'architecture intérieure très « modernes », pour une clientèle aux goûts certains - intellectuels, amateurs d'art : Renaud de Jouvenel, Paul Sanguinetti, Henri Filipacchi...
Son activité d'architecte indépendant ne commence cependant qu'après la Seconde Guerre mondiale et son agrément à l'Ordre des architectes en 1948.

Carrière

Vie à l'agence
Située dans la maison familiale au coeur d'un jardin en plein Paris, l'agence de Pierre Pinsard est restée une petite structure assez intime même si il a été entouré de collaborateurs tels que Neil Hutchinson, Hugo Vollmar ou Jean Prouvé pour réaliser des projets architecturaux d'envergure. Hugo Vollmar en livre un témoignage très vivant dans une interview datant de juin 2000.

Dans l'atelier de céramique au rez-de-chaussée de la maison, sous l'agence d'architecture, Gisèle Pinsard son épouse réalisa de nombreux décors et pièces de mobiliers religieux intégrés aux projets architecturaux de Pierre Pinsard (bénitiers, chandeliers, décors muraux, etc.) Les enfants Agnès, François et Laurent témoignent d'un esprit convivial et chaleureux qui habitait cette maison où se mêlait vie professionnelle et personnelle. Hugo Vollmar, son collaborateur pendant 23 années, faisait quasiment partie de la famille.

« Mon agence est de petite envergure, en grande partie parce que j'ai toujours désiré rester moi-même très près de la création architecturale, ma vocation d'artiste m'a rejeté dans les rangs des chercheurs et non vers ceux des hommes d'affaires »

Un homme instinctif
Pierre Pinsard n'est pas diplômé, sans formation technique, son cursus étant davantage artistique que technique. Formé sur le tas, il ne maîtrisaît que peu le dessin de plan technique côté selon les règles. C'était par contre un remarquable dessinateur qui savait faire des croquis et exécuter admirablement des perspectives au crayon. Homme de contact, il savait persuader dans ses discours, présenter des projets avec aisance et écrivait bien.

Architecture sacrée
S'il aborde l’architecture hospitalière à Paris (service de rhumatologie de l’hôpital Lariboisière, Institut de stomatologie de la Salpêtrière) et l’architecture domestique (logements à Pontcharra et Lagny), Pierre Pinsard se spécialise surtout dans l’architecture religieuse. Il réalise au total plus d'une vingtaine d'églises, deux couvents et la conception de plusieurs chapelles privées, ainsi que de nombreuses conférences sur la question du sacré. Il est l'un des architectes majeurs du mouvement de renouveau de l'Art Sacré en France après la seconde guerre mondiale.

Ses aspirations vers l'architecture sacrée, Pierre Pinsard les doit, en grande partie, à son ami Jacques Delors, ancien élève des Art-Décoratifs devenu père Marie-Albéric à la Trappe de Bricquebec (Manche). Jacques Delors fait appel en 1936 à Pierre Pinsard pour apporter des modifications à l'abbaye de La Trappe : c'est son premier projet et oeuvre religieuse. La transformation de l'abbaye de Bricquebec préfigure ainsi, dès l'avant-guerre, le parti pris esthétique que Pierre Pinsard adoptera dans les années cinquante. Tourné vers des valeurs essentielles et un dépouillement extrême, il voit dans l'esthétique de l'architecture moderne une capacité à dialoguer avec l'architecture monastique.
 

« Seuls le désir, et parfois l'aspect d'honnêteté, la rigueur et la franchise de l'architecture moderne s'apparentent à ce que devrait être l'architecture monastique »

Pierre Pinsard élabore un vocabulaire architectural personnel où simplicité, fonctionnalisme est à prendre au point de vue matériel tant que spirituel. « Nos églises ne seront pas des machines à prier » nous dit-il, et le prouvent par ses architectures religieuses construites chacune comme un tout unique et cohérent selon la destination du lieu de culte, le point de vue choisi et le site. Elles présentent toutes une solution architecturale et une recherche d'invention toujours nouvelles.

Enseignement
De 1958 à 1980, Pierre Pinsard enseigne comme professeur d'architecture pour l'année de diplôme à l'école supérieure d'architecture St Luc de Tournai en Belgique. Il enseigne également l'architecture pendant 5 ans à l'école des Beaux-Arts dans l'atelier Marot.
 

Titres officiels
Pierre Pinsard obtient son agrément à l’Ordre des architectes en 1948.
Architecte UAM (Union des Artistes Modernes).
Architecte-conseil de l’Episcopat.
Architecte Conseil désigné par le ministre de la Reconstruction auprès du Comité national de construction d’églises.
Deux fois architecte en chef de l’Exposition de l’Habitation du Grand Palais.
Architecte de la section des arts au pavillon de la France à l’Exposition internationale de Bruxelles 1958.
Architecte en chef de la participation française au Pavillon du Vatican à l'Exposition internationale de Bruxelles 1958.

Fin de l'agence
Pierre Pinsard a exercé son activité jusqu'en 1981, alors malade, il se retire de la vie professionnelle. Il souhaita que son grand ami et collaborateur Hugo Vollmar reprenne son agence, mais celui-ci ne pu le réaliser n'ayant pas le réseau nécessaire pour continuer. L'agence ferme alors en 1982.